Guasco, Ottaviano (di)

François Cadilhon

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1Né en 1712 à Bricherasio, près de Pignerol, Ottaviano Guasco, souvent dit Ottaviano di Guasco, ou Octavien (de) Guasco, était le fils d’un intendant de Victor-Amédée II de Savoie. Envoyé à Florence pour achever des études de théologie et entrer dans les ordres, ambitieux et ouvert aux idées nouvelles, le jeune clerc se rendit à Paris dès 1738. Il chercha aussitôt à côtoyer les personnes en vue. Les fiches de police évoquées par Robert Shackleton soulignent « qu’il se mêlait de plus d’un métier et qu’il était toujours chez les étrangers et chez les ambassadeurs. » Il se lia ainsi à Antiochus Cantemir (1708-1744), ministre plénipotentiaire de Russie en France, dont il devait traduire les Satires (1749), alors que Cantemir voulait pour sa part l’aide de Guasco afin de traduire les Lettres persanes en russe (le manuscrit n’en a pas été retrouvé) ; à partir du printemps 1739, il devient ami de Montesquieu. Soupçonné d’espionnage, présenté comme un parasite ou comme un aventurier par les amis de Mme Geoffrin après l’affaire des Lettres familières en 1767 (voir ci-après), il n’en sut pas moins se faire connaître dans toute l’Europe au cours d’une série de voyages et se révéla un brillant érudit. L’impératrice Marie-Thérèse lui accorda ainsi en 1751 une place de chanoine à Tournai, où il publia en 1756 ses Dissertations historiques, politiques et littéraires. Entretemps il était devenu membre de l’Académie étrusque de Cortone (avant 1745), membre associé des académies de Bordeaux (1745), Berlin (1746), Toulouse et Amiens (1750), Pau et Nancy (1751). Il est également membre de la Royal Society de Londres (1750), associé étranger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris (1750) dont il avait remporté trois fois le concours, comme de l’académie florentine des Georgofili. Si Grimm, proche de Mme Geoffrin, estimait que « Montesquieu eut toujours à ses trousses cet abbé de Guasco qui pour être un homme de condition, n’en était pas moins un plat et ennuyeux personnage » (Correspondance littéraire, vol. VII, Paris, 1879, p. 391), les relations entre Montesquieu et l’abbé étaient de toute évidence étroites, et il était fort estimé de Chesterfield ou d’Helvétius. En avril 1748, Guasco, qui venait de rédiger une Histoire du pape Clément V, put s’installer à La Brède jusqu’à la fin de l’année pour fréquenter la société bordelaise qu’il connaissait bien déjà, mais aussi pour traduire en italien L’Esprit des lois. Le 16 mars 1752, le baron écrivit encore à Guasco : « […] ne voudriez-vous pas voir vos amis et le château de La Brède que j’ai si fort embelli depuis que vous ne l’avez vu ? ». Mis à l’écart du cercle de Mme Geoffrin depuis 1754, il revint en Italie en 1761, à Vérone, où il s’attacha à éditer les Lettres familières du président de Montesquieu à divers amis d’Italie ([Florence], 1767), où l’on trouvait des propos très durs à l’égard de Mme Geoffrin. Le scandale fut considérable et devint une véritable affaire politique. En 1768, il publia à Bruxelles De l’usage des statues chez les Anciens. Jusqu’à la fin de sa vie (Guasco meurt en 1781), le fils de Montesquieu, Jean-Baptiste de Secondat, lui garda toute son estime.

Bibliographie

Robert Shackleton, « L’abbé de Guasco », Actes de l’académie de Bordeaux, 4e série, 1955-1957, p. 49-59 ; repris dans R. Shackleton, Essays on Montesquieu and on the Enlightenment, David Gilson et Martin Smith éd., Oxford, Voltaire Foundation, 1988, p. 217-229.

Pascal Griener, « Ottaviano di Guasco, intermédiaire entre la philosophie française et les antiquités de Rome », Roma triumphans ? L’attualità dell’antico nella Francia del Settecento, Laetizia Norci Cagiano dir., Rome, Edizioni di storia e letteratura, 2007, p. 25-51.

La République de l’œil. L’expérience de l’art au XVIIIe siècle, Paris, Odile Jacob, 2010, notamment p. 165-168.

Catherine Volpilhac-Auger, Un auteur en quête d’éditeurs ? Histoire éditoriale de l’œuvre de Montesquieu (1748-1964), ENS Editions, 2011, chap. vii.

Nadia Plavinskaia, « La sculpture antique au prisme des Lumières : l’abbé de Guasco et son traité De l’usage des statues chez les anciens » (en russe), dans Vek Prosveschenia (Le siècle des Lumières), no 4 (colloque d’Ostankino, juin 2010), Sergey Karp et Catherine Volpilhac-Auger dir., Moscou, Naouka, 2012.

Catherine Volpilhac-Auger, Introduction, OC, t. XIX, 2014.