Réflexions sur les habitants de Rome

Pierre Rétat

[en]
Sommaire

1Ce texte fut lu en l’absence de Montesquieu lors de la séance d’ouverture de l’académie de Bordeaux, à la fin de novembre ou au début de décembre 1732. Le manuscrit, conservé à la bibliothèque de La Brède et publié d’abord en 1896, en est une copie plus tardive (secrétaire E, 1734-1739). Un article des Pensées (no 665) en présente une ébauche. Une fiche tirée de l’extrait de Diodore suit le texte.

2Un premier titre, biffé (« Quatrième mémoire Réflexions sur les mines ») prouve que ce mémoire faisait d’abord suite aux Mémoires sur les mines (lus en 1731-1732 à l’académie de Bordeaux). Comme ces derniers, il est inspiré par les observations faites pendant les voyages ; les pages sur Rome et la campagne romaine dans le Voyage d’Italie contiennent des notations dont on retrouve ici la trace.

3Le texte est bref, et le sujet simple : opposant à la « prodigieuse gourmandise » des anciens Romains l’« étonnante sobriété de ceux d’aujourd’hui », Montesquieu attribue à ce changement plusieurs causes. Causes physiques d’abord : Rome moderne est bâtie dans des lieux bas où l’air est « grossier », ou sur des ouvrages ensevelis où l’eau croupit. Causes morales surtout, tenant à la manière de vivre : d’un côté l’usage des bains avant le repas, qui rendaient aux « fibres » leur action (usage qu’on retrouve chez les Indiens), une vie agitée passée tout entière dehors ; de l’autre une vie réglée, inactive, confinée, des repas solitaires, tout ce qui est propre à affaiblir le corps et à relâcher les fibres.

4Sous sa forme condensée, ce texte est extrêmement riche en suggestions, où l’on pressent l’analyse physiologique de l’Essai sur les causes et la réflexion sur le rapport des causes physiques et des causes morales dans L’Esprit des lois, la curiosité pour les coutumes attestées par les récits des missionnaires et des voyageurs (Lettres édifiantes et curieuses, Chardin), le goût de la mise en relation, de l’hypothèse explicative, du rapprochement d’usages semblables chez des peuples très divers. On a avec raison considéré ce mémoire comme un témoin de la naissance de quelques idées importantes de L’Esprit des lois.

Bibliographie

Manuscrit

BM Bordeaux, Ms 2133/vi.

Première édition

Voyages, t. II (1896), p. 379-383.

Édition critique

OC, t. IX, p. 67-82 (éd. Sheila Mason et Pierre Rétat).