Recueil d’airs

1Un gros volume in-folio conservé à la Bibliothèque du château de Windsor et qui porte ce titre au dos de la reliure (du XIXe siècle, on ne sait donc si ce titre est d’origine ou tardif) contient un recueil compilé pour le Prince de Galles, Frédéric-Louis, qui avait demandé à Montesquieu, lors de son séjour en Angleterre (juillet 1729 - mai 1731), de lui « faire faire un recueil des meilleures chansons françaises ». Nous sommes informés de cette circonstance par une note manuscrite autographe en tête du volume, où Montesquieu donne la raison pour laquelle il ne l’a jamais envoyé : crainte de faire connaître la nation française par son « mauvais côté », même si la « gaieté » particulière aux Français ne doit pas faire prendre à la rigueur ce qui choquerait ailleurs.

2L’écriture de l’abbé Bottereau-Duval, secrétaire de Montesquieu, permet de situer la composition de ce recueil en 1731. Les nombreuses additions autographes de Montesquieu (couplets ajoutés, chansons nouvelles sur des feuilles intercalées) prouvent qu’il n’a pas dédaigné de le fréquenter et de l’enrichir dans les années suivantes, au moins jusqu’en 1734.

3Il s’agit d’une de ces compilations si nombreuses au XVIIIe siècle (surtout dans les années 1730-1760) qu’on appelait généralement Recueil de chansons, « satiriques », « historiques », « pour servir à l’histoire anecdote de la France ». Celle-ci répond donc à un modèle répandu, et avec un soin particulier, puisque la plupart des airs sont notés. Elle se particularise pourtant par le mélange des genres et des temps, qu’évitent en général les autres recueils : chansons bachiques, grivoises et vaudevilles politiques se succèdent sans ordre, le secrétaire ayant sans doute pris les chansons de toutes mains. Aucun ordre chronologique n’est respecté. Le travail est d’ailleurs resté inachevé, la fin laissant les portées sans notes et des pages blanches, dans l’attente de compléments futurs.

4La nature du document et la part que Montesquieu y a prise lui prêtent un intérêt évident. Conservé à la bibliothèque de La Brède, il fut offert au prince de Galles, le futur George IV, en 1818 par le petit-fils de Montesquieu, Joseph-Cyrille.

Manuscrit

Bibliothèque royale de Windsor, I IB 4B.

Première publication de la note liminaire

Shackleton (1961), p. 121-122 (dite inexactement « Préface »).

Édition critique de cette note et inventaire complet du recueil

OC, t. IX, p. 31-41, 609-686 (éd. Cecil Courtney et Henri Duranton).

, « Recueil d’airs », dans Dictionnaire Montesquieu , . URL : http://dictionnaire-montesquieu.ens-lyon.fr/fr/article/1376473214/fr