De la considération et de la réputation

Pierre Rétat

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Sommaire

1Nous savons par un compte rendu de Jean-Jacques Bel, ami de Montesquieu, dans la Bibliothèque française de mai-juin 1726 (p. 58-64) [‣] , que ce texte fut lu en l’absence de son auteur lors de la séance solennelle de l’académie de Bordeaux du 25 août 1725. Le manuscrit qui nous en est parvenu date des années 1734-1739, d’après la main du secrétaire (E) qui l’a copié.

2Montesquieu dit beaucoup plus tard, dans ses Pensées (no 1655), que Mme de Lambert « fit l’honneur à cet ouvrage de s’en occuper », et y mit « un nouvel ordre » ; il souhaite que cette révision, qui avait été publiée, devînt un « monument éternel » de l’amitié qui le liait à elle. On trouve en effet, dans les Œuvres de madame de Lambert (1747), un Discours sur la différence qu’il y a de la réputation à la considération, paru d’abord en 1743 dans un Recueil de pièces fugitives, où l’on voit reparaître une partie des idées de Montesquieu, mises dans un ordre analytique et exprimées de façon plus neutre, plus abstraite et assez plate.

3Une suite d’observations morales, distribuées en brefs alinéas, donne au discours de Montesquieu une liberté d’allure qui l’apparente aux articles élaborés des Pensées. La « considération » puis la « réputation » sont l’occasion de variations fines où vont de pair la généralité de l’analyse et la subtilité des mises en relation. L’art du moraliste se déploie dans la manière souple d’envisager le sujet sous tous ses aspects, dans l’ingéniosité du trait et l’expression concise et allusive. Le discours entier tourne donc autour des multiples hasards des relations humaines, du jeu des passions (amour-propre, orgueil, envie surtout), du théâtre social où l’individu recherche constamment le regard des autres et y est dangereusement exposé. « Le monde est une carrière qu’il est difficile de bien commencer et de bien finir ». Il est remarquable que la seule référence (outre Florus, cher à Montesquieu), soit ici Baltasar Gracián.

Bibliographie

Manuscrit

BM Bordeaux, Ms 2101.

Première publication

Deux opuscules de Montesquieu (Bordeaux, Gounoulhou, 1891), p. 43-69.

Édition critique

OC, t. VIII, p. 441-460 (éd. Sheila Mason).

Œuvres de madame de Lambert, éd. Robert Granderoute, Paris, Champion, 1990, p. 335-344.