Gravina, Gian Vincenzo

Lorenzo Bianchi

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1Ce jurisconsulte (Roggiano, près de Cosenza, 1664 – Rome, 1718), philosophe et lettré italien qui se passionne à Naples pour la nouvelle philosophie de Descartes et de Gassendi et qui garde toujours un esprit anticonformiste face à la tradition, arrive à Rome en 1689, y obtient en 1699 la chaire de droit civil et en 1703 celle de droit canonique.

2Parmi ses travaux littéraires et esthétiques, Della Ragion poetica libri due (Naples, 1716) que Montesquieu possédait dans sa bibliothèque (Catalogue, no 2047), défend la puissance imaginaire propre à l’activité poétique. Il est aussi l’historien du droit romain qui publia les Originum juris civilis libri tres (Leipzig, 1708 ; le premier livre parut à Naples en 1701) qui lui donnèrent une renommée européenne. Il s’agit d’un remarquable texte d’érudition où Gravina étudie le droit romain en fonction des institutions sociales et de la politique, et qui doit certainement avoir séduit Montesquieu par sa documentation relative aux lois romaines. Les Origines manifestent aussi la conception de l’État de Gravina, qui condamne la tyrannie comme antijuridique et pose le contrat social au cœur de la société civile, en soulignant le rôle prioritaire du droit. En 1766, Jean-Baptiste Requier traduira ce texte en français sous le titre significatif et clairement allusif de L’Esprit des lois romaines.

3Selon Robert Shackleton, Montesquieu aurait reconnu l’importance de l’œuvre de Gravina pendant son voyage à Naples en 1729 ; il fit aussi des extraits de ce livre, maintenant perdus, auxquels il renvoie dans les Pensées (nos 1912 et 1913).

4Montesquieu cite Gravina à deux reprises dans L’Esprit des lois (I, 3) à propos de « l’État politique » et de « l’État civil » : « Une société ne saurait subsister sans un gouvernement. La réunion de toutes les forces particulières, dit très bien Gravina, forme ce qu’on appelle l’État politique » et « les forces particulières ne peuvent se réunir sans que toutes les volontés se réunissent. La réunion de ces volontés, dit encore très bien Gravina, est ce qu’on appelle lÉtat civil ». Montesquieu se réfère ici apparemment à deux passages des Origines (II, 17 et II, 18) où il est question de la volonté publique (« voluntas publica ») qui résulte des volontés particulières, du pouvoir politique (« summa potestas ») formé par l’union des forces (II, 17, p. 134), ainsi que de la puissance (« potestas ») constituée de l’union des forces de tous (II, 18, p. 141).

Bibliographie

Gian Vincenzo Gravina, Originum juris civilis libri tres, reprint (Naples, F. Mosca, 1713), Fabrizio Lomonaco, avec une présentation de Fulvio Tessitore, Naples, Liguori, 2004.

Esprit des lois romaines, ouvrage traduit du latin de Jean-Vincent Gravina. Par M. Requier, Amsterdam et Paris, Saillant, 1766.

Robert Shackleton, Montesquieu. Biographie critique, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1977.

Carla San Mauro, Dizionario Biografico degli Italiani, vol. LVIII, « Gravina, Gian Vincenzo », Rome, Istituto della Enciclopedia italiana, 2002, p. 756-764.