Doria, Paolo Mattia

Lorenzo Bianchi

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1Philosophe et lettré italien (Gênes, 1667 – Naples, 1746) vivant à Naples à partir de 1690 et contemporain de Vico, avec lequel il entretenait une solide amitié, Doria s’opposa, au nom du platonisme, aux nouvelles idées de Descartes, de Locke, de Spinoza et de Newton. Auteur de plusieurs ouvrages, il a fait sa réputation en composant un traité politique, la Vita civile (Francfort, sans date [probablement Naples, 1709] ; deuxième édition, Augsburg, 1710). Selon Robert Shackleton, ce livre de Doria qui présente des ressemblances étroites avec certaines idées de Montesquieu, aurait été lu et utilisé par le Président qui, vraisemblablement, aurait aussi rendu visite à son auteur à Naples en 1729, lors de son voyage en Italie. Même si la Vita civile ne figure pas dans la bibliothèque de La Brède, selon Shackleton, Montesquieu aurait pu lire ce livre dans la bibliothèque de son ami bordelais Barbot, qui possédait un exemplaire de l’édition de 1710 (Shackleton 1988, p. 94).

2Déjà dans les Romains, on peut lire un passage important sur la causalité : « Ce n’est pas la fortune qui domine le monde […]. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent […] » (Romains, xviii, OC, t. II, p. 235). Cette citation rappelle beaucoup le texte de Doria, qui parle lui aussi des causes physiques et morales (Vita civile, 1710, p. 131-132). Mais la Vita civile présentait, en outre, des nouveautés à propos des principes du gouvernement : à côté des trois formes traditionnelles sont mentionnées aussi trois façons différentes de vivre en société (« forme di vivere ») qui diffèrent des genres de gouvernement et qui sont toutes proches des trois modes de gouvernement de Montesquieu (république, monarchie, despotisme). Doria distingue trois formes de gouvernement : la « civile moderata » (qu’il appelle aussi la « civile economica »), la « civile pomposa » et la « barbara ». La forme « barbare » se caractérise par l’absence de lois, et les caprices d’un seul ; la forme « civile moderata », au contraire, par la présence de législateurs qui sont aussi philosophes dans une société où règnent le commerce et l’égalité. La « civile pomposa » est une dégénération de la « civile moderata » à cause de l’excès des richesses. Doria ne parle pas comme Montesquieu de principes (vertu, honneur, crainte), mais de maximes (« massime »), et lorsqu’il parle de vertu, il ne cite pas l’honneur, mais il affirme aussi que la vertu, si nécessaire dans une république, ne l’est pas dans une monarchie. Ces ressemblances entre les idées de Doria et de Montesquieu ne doivent pas nous faire oublier que la Vita civile ne s’affranchit pas du classement traditionnel des gouvernements, remplacé dans L’Esprit des lois par une nouvelle classification.

Bibliographie

Paolo Mattia Doria, La vita civile, Augusta, D. Höpper, 1710.
(Naples, 1729 : http://books.google.fr/books?id=fsxOAAAAcAAJ)

Paolo Mattia Doria, La vita civile, Naples, Istituto Universitario Orientale, 2001.

Robert Shackleton, « Montesquieu et Doria », Revue de littérature comparée 29 (1955), p. 173-183, repris dans R. Shackleton, Essays on Montesquieu and on the Enlightenment, éd. David Gilson et Martin Smith, Oxford, Voltaire Foundation, 1988, p. 93-101.

Pierluigi Rovito, « Doria, Paolo Mattia », dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 41, Rome, Istituto dell’Enciclopedia italiana, 1992, p. 438-445. http://www.treccani.it/enciclopedia/paolo-mattia-doria_%28Dizionario-Biografico%29/