Bible

Lorenzo Bianchi

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1Montesquieu avait dans sa bibliothèque de nombreux exemplaires de la Bible, dont une « Biblia hebraica et latina » (Catalogue, no 1) et des traductions de la Bible en latin, en français (no 8) et en anglais (no 6). Il avait en outre des éditions de parties de l’Ancien Testament, et plusieurs éditions du Nouveau Testament, dont une en hébreu, grec et latin, publiée à Paris en 1584 (no 23) et quatre en français (nos 32-35). D’autres écrits viennent s’y ajouter : de nombreux textes d’histoire biblique, des concordances et des commentaires rédigés par de nombreux auteurs. Parmi ceux-ci, Maïmonide (no 58), les interprètes catholiques comme Erasme (no 63), Jansen (no 74), les oratoriens Lamy et Senault (nos 75 et 88) ou les jésuites Del Rio (no 62) et Maldonado (no 76-78), les protestants comme Calvin (no 98-103), Johannes Drusius (nos 107-112), Grotius (nos 115-116) et Vermigli ou Rivet (nos 122 et 130). Mais Montesquieu, qui a étudié au collège oratorien de Juilly, garde face à la Bible une attitude différente de celle des autres grands philosophes de son siècle, tels Rousseau ou Voltaire. Il connaît bien la Bible, mais il n’est pas un grand lecteur du livre sacré comme Rousseau et, contrairement à Voltaire, il ne pratique aucun examen systématique des Écritures. Ainsi Montesquieu écrivain politique, et non théologien, qui examine dans L’Esprit des lois la religion comme un phénomène social et qui n’y prend pas en considération la Bible, est obligé de se défendre de l’accusation de regarder « tous les préceptes de l’Évangile comme des conseils ». (Défense, OC, t. VII, p. 90).

2Pour retrouver des références plus directes à la Bible on est obligé de lire des écrits plus privés et personnels comme les Pensées ou le Spicilège, où transparaissent plusieurs éléments de sa critique du livre sacré. Montesquieu montre ainsi son intérêt anthropologique pour la religion en analysant le passage biblique sur « la pythonisse de Saül » (Spicilège, no 421). Il en profite aussi pour faire part de sa connaissance de la critique biblique lorsqu’il affirme que plusieurs savants « croient que le Pentateuque n’a pas été compilé par Esdras » (Spicilège, no 370) ou lorsqu’il dit qu’il y a dans « Jérémie un passage remarquable par lequel il semble vouloir affaiblir l’autorité des lois de Moïse » (Spicilège, no 411). De plus, Montesquieu témoigne de son esprit scientifique dans la critique du miracle de Josué qui n’aurait pu se vérifier qu’en détruisant la terre et les hommes (Pensées, no 22) ou dans la contestation de récit du Déluge. À son avis « le Déluge n’était pas universel ; il est même impossible de le concevoir » (Spicilège, no 404), et il démontre par une note « scientifique » que, d’après les expériences de Torricelli, le déluge décrit par la Genèse ne saurait être admis et est contraire à l’expérience.

Bibliographie

Robert Shackleton, « La religion de Montesquieu », dans Actes du congrès Montesquieu, Bordeaux, 1956, p. 287-294, repris dans R. Shackleton, Essays on Montesquieu and on the Enlightenment, éd. David Gilson et Martin Smith, Oxford, 1988, p. 109-116.

Marie-Hélène Cotoni, L’Exégèse du Nouveau Testament dans la philosophie française du XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 1984.

Le Siècle des Lumières et la Bible, Yvon Belaval et Dominique Bourel dir., Paris, Beauchesne, 1986.